Grand Nord

Sur les traces du changement climatique

Sept semaines durant, des équipes de la rédaction de 24heures accompagnées de jeunes scientifiques parcourent les régions arctiques, qui subit le plus fort le dérèglement du climat

Notre planète perd le Nord. Allons voir pour comprendre.

Thierry Meyer
Rédacteur en chef

C’était en février dernier, tout au sommet de notre planète, telle qu’on se la représente sur les cartes. La NASA y a mesuré des températures inédites. Au cœur de la longue nuit arctique, il a fait 5 degrés Celsius de plus que la moyenne, par endroits 10 degrés. Des écarts qui dépassent l’entendement. La glace de mer perd chaque année en surface, en épaisseur et en âge. En 2030, ou 2040, selon les estimations, elle aura complètement disparu en été. Jusque tout au nord, le Groenland vomit ses glaciers, qui coulent littéralement dans l’eau. Et dans les régions côtières, du Finnmark norvégien au Nunavut canadien, sur les milliers de kilomètres des étendues sibériennes ou en Alaska, le pergélisol perd son caractère permanent. La terre d’ordinaire si dure se dérobe sous les pieds des rennes et des «petits peuples», comme on dit en Russie.

Bien sûr, il fait encore très froid au-delà du cercle polaire. Le temps y est rude, l’environnement hostile, les beautés naturelles inouïes, les étendues vierges immenses. Mais ce grand régulateur du climat terrestre vit un dérèglement profond, deux fois plus rapide que le reste de la planète. Et les effets de ce bouleversement se font sentir à des milliers de kilomètres, par un jeu de domino auquel les scientifiques ne comprennent encore que des bribes, mais en saisissent l’importance.

Quels sont les enjeux de cette mutation? Comment est-elle perçue sur place, par ceux qui vivent dans ces zones fascinantes que nous connaissons si mal? Ouverture de nouvelles voies navigables, exploitation des sous-sols, opportunités d’emplois, modification de la biodiversité, perturbation des courants, des vents et des régimes météo, libération de méthane, les conséquences de ces changements sont innombrables, contrastées, contradictoires même. Et encore incertaines. Quel impact ont-elles sur les peuples indigènes de l’Arctique? Et, à plus large échelle, sur notre propre climat au quotidien?

Voici quelques temps, la navigatrice, écrivain et environnementaliste Isabelle Autissier racontait avec l’académicien Erik Orsenna ses périples sur la route du Nord-Est, qui des confins de la Norvège glisse le long des brumes sibériennes pour rejoindre via le détroit de Béring le Pacifique Nord. Un livre passionnant, faisant naître une idée: aller dans ces endroits, laboratoires géants du bouleversement climatique, raconter ce qu’il s’y passe, pour tenter de mieux comprendre.

Loin des concepts, des théories, des abstractions et des discours, partir sur le terrain pour saisir ces réalités, donner la parole à ceux qui s’y confrontent, quels que soient leur point de vue. Envoyer les journalistes et photographes de 24heures qui, à longueur d’année, vous prodiguent fidèlement la chronique des affaires d’ici, afin qu’ils vous détaillent, avec le même métier, le même regard, le même soin, cet ailleurs mystérieux où se joue notre avenir. Un défi, une aventure, un reportage hors du commun, où les petites histoires disent la grande, où les anecdotes révèlent des tendances.

Dix-huit membres de la rédaction de 24heures participent à cette expédition de longue haleine. Avec eux, pour croiser les regards, sept jeunes scientifiques issus des disciplines concernées par l’évolution de notre environnement, aux Universités de Lausanne et de Genève et à l’EPFL. Et trois observateurs attentifs, représentant trois institutions contribuant depuis plusieurs années au financement des projets éditoriaux spéciaux de la rédaction, qui nous accompagnent une nouvelle fois.

Car un tel projet sort de l’ordinaire de notre quotidien, à tous égards. Sa mise sur pied a été rendue possible par l’apport de quatre sponsors: ECA-Vaud, le Centre patronal, Retraites Populaires et les Editions Paulsen, auxquelles s’adjoint le Consulat général honoraire de Russie à Lausanne, qui nous a gratifié de son précieux appui logistique et administratif pour toute la partie russe du périple, c’est-à-dire cinq étapes sur sept.

Que tous en soient remerciés. Sans eux, cette aventure n’aurait pas vu le jour. Vous retrouverez les logos de ces soutiens en marge des reportages que ramèneront, dès lundi, nos équipes, dans le journal et sur nos plateformes numériques. Leur intervention s’arrête là: la rédaction travaille sur ce projet en totale liberté.

Tous les jours donc, dès aujourd’hui et jusqu’au samedi 20 août, nous vous invitons à nous suivre sur les traces du changement climatique, de l’Institut Alfred-Wegener de Bremerhaven (Allemagne), l’un des centres de recherche les plus pointus dans le domaine, jusqu’aux confins de l’Alaska, où nature exubérante et exploitation des hydrocarbures cohabitent déjà. Récits, rencontres, interviews, vidéos, blogs, sous toutes les formes, nos équipes iront traquer l’information inédite, la belle histoire révélatrice, l’expert avisé, le personnage emblématique, les lieux insolites. Elles vous emmènent découvrir ce Grand Nord fascinant, si vaste, et pourtant si fragile. Bon voyage!